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Frantext 5, recherches grammaticales (base catégorisée)

Charles Bernet, Gisèle Kahn (ENS de Lyon)

Accès <http://www.frantext.fr> puis lien Frantext catégorisé.

1. Présentation

2. Une onomatopée : "faire lanlaire"

3. Un substantif : "un arbre de Noël"

4. Un nom propre avec déterminant : "la grande Catherine"

5. Accumulation d'adjectifs

6. Type de phrase : "Tu viens, oui ou non ?"

7. Passé surcomposé : "Quand j'ai eu fini"

8. Type de phrase : "Il s'est vu remettre un colis"

9. Type de phrase : "C'est à lui que je parle"

10. Type de phrase : "Qu'est-ce que vous faites comme métier ?"

11. "N'est-ce pas"

1. Présentation

Pour une présentation de la base catégorisée et de la notion d'entité grammaticale, consulter l'article Frantext 4, entités grammaticales (base catégorisée). Les catégories affectées aux entités correspondent grosso modo aux parties du discours de la grammaire traditionnelle, revues et corrigées :

Liste des codes grammaticaux

Code

Catégorie grammaticale

A

adjectif (sauf cas Aca, APr, APs)

Aca

adjectif cardinal

APr

adjectif/participe présent

APs

adjectif/participe passé

Adv

adverbe

Avn

partie d'une négation (par ex. cas de ne / n', ou pas / point / guère… si associés à ne ou n')

Cc

conjonction de coordination

Cs

conjonction de subordination

D

déterminant (sauf cas Dca, Dg)

Dca

cardinal ayant le rôle d'un déterminant (ex. deux pigeons s'aimaient)

Dg

amalgamés (au/aux/du/des)

E

exclamatif

Ep

présentatif (voici, voilà, …)

Ger

gérondif (en lié à un participe présent)

Inf

infinitif

Inj

interjection

Int

interrogatif

Np

nom propre

Nu

numéral cardinal

Ono

onomatopée

P

pronom (sauf cas Per, X)

Per

pronom personnel

Pp

préposition

Pr

participe présent sauf cas APr, Ger

Ps

participe passé (sauf cas APs)

S

substantif

V

verbe (sauf participes et infinitif)

R

mot inconnu du logiciel

X

mot non traité (que/qu', où, sinon)

Ce sont ces mêmes codes qu'il convient d'utiliser pour la formulation des requêtes.

2. Une onomatopée : "faire lanlaire"

&cfaire &e(g=Ono)

Pour formuler une requête grammaticale, on utilise g= suivi de la catégorie recherchée, en respectant la graphie indiquée. Comme dans la base générale, &c suivi d'un verbe à l'infinitif donne toutes les formes du verbe en question. On cherche ici le verbe faire suivi d'une onomatopée. Il se trouve que dans les textes du XIXe siècle, la plus fréquente est lanlaire, dans l'expression se faire lanlaire :

  • Ici le canon ferait boum et le tonnerre ferait pouf. (Hugo, Les Misérables)
  • maintenant qu'il avait pillé ses économies, elle pouvait bien aller se faire lanlaire, si bon lui semblait ! (Huysmans, Les Soeurs Vatard)
  • La pluie est tombée à torrents, de grosses gouttes faisaient floc dans la poussière. (Vallès, L'Enfant)
  • Lorsqu'une fillette a l'amour en tête, va te faire lanlaire ! (Villiers de l'Isle-Adam, Contes cruels)

Dans le premier exemple, on constate que la base n'a pas retenu pouf parmi les onomatopées. On peut, par curiosité, voir les catégories qui ont été affectées aux diverses unités du texte par la commande Montrer les codes grammaticaux. Dans la citation en question, le mot pouf a été étiqueté comme substantif.

&cfaire &e(g=Ono) &q(0,2) &e(g=Ono)

Cette formule permet d'obtenir des exemples de réitération de la même onomatopée ou l'utilisation successive de deux onomatopées différentes. L'utilisation de la syntaxe &q(0,2) est la même que celle qui sert pour l'interrogation de la base générale. Elle permet d'avoir un élément (une virgule en l'occurrence) entre les deux onomatopées :

  • les chèvres, les moutons, les boeufs se répondaient d'une ferme à l'autre, les clochettes des troupeaux faisaient drelin-drelin […] (Cladel, Ompdrailles, le tombeau des lutteurs)
  • après chaque coup, son coeur faisait toc toc, comme un coucou d'auberge de village : un bruit funèbre, c'était le plaisir sonnant la mort ! (Goncourt, Journal : mémoires de la vie littéraire)
  • Moi, j'imitais le canon, et je faisais boum, boum. (Hugo, Les Misérables)

3. Un substantif : "un arbre de Noël"

&e(g=S) de noël

On obtient une grande variété d'occurrences, à commencer par toutes les expressions chronologiques : le jour de Noël, le soir de Noël, la veille de Noël, le lendemain de Noël, la semaine de Noël, les vacances de Noël, etc. Le corpus gagne à être réduit.

  • Certains fils étaient noirs, d'autres luisaient comme les ornements de crèche dans les vitrines de Noël. (Clavel, Malataverne)
  • Lorsqu'il était gosse, c'était son cadeau de Noël de glisser sur la neige du talus. (Fallet, La Grande ceinture)
  • Il fit remettre à cette dame une rose de Noël enveloppée dans de la soie tissée d'or ; (Z. Oldenbourg, Les Cités charnelles ou l'histoire de Roger de Montbrun)

Noter que si l'on veut faire une requête comportant un nom propre, celui-ci doit s'écrire en minuscules.

4. Un nom propre avec déterminant : "la grande Catherine"

&e(g=D Dg Dca) &e(g=A) &e(g=Np c!=dieu)

Dans la syntaxe retenue, pour avoir le choix entre différentes possibilités, il suffit de séparer par un espace les indications grammaticales. Dans cet exemple, le déterminant sera, soit un Dg (dit amalgamé, au/aux/du/des), soit un cardinal (Dca), soit n'importe quel autre déterminant (D), suivi d'un adjectif suivi d'un nom propre à l'exclusion de dieu (pour exclure "le bon Dieu"). Il faut limiter le corpus, pour éviter une accumulation trop forte d'occurrences. On a retenu un seul auteur pour les exemples qui suivent :

  • La perfide Albion devient la grande nation amie. (Guéhenno, Journal d'un homme de quarante ans)
  • Les jeunes d'aujourd'hui ne dansent pas. Ils se dandinent comme des zoulous, et quelle musique ! Qui sait encore "le beau Danube bleu" ? (Guéhenno, Journal d'une "Révolution")
  • Croyons que le pauvre Jean-Jacques n'était pas fait pour la vie légère, pour le bonheur, que l'attente trop passionnée de l'amour pouvait le lui rendre impossible, […] (Guéhenno, Jean-Jacques)
  • On a retrouvé à Saint-Pétersbourg, dans sa bibliothèque achetée par la grande Catherine, l'exemplaire même du discours que Jean-Jacques lui avait offert. (id.)

5. Accumulation d'adjectifs

&e(g=A) &e(g=S) &e(g=A), &e(g=A) &?et

L'objectif est ici de voir (à partir d'exemples variés) si l'on peut établir des règles concernant la répartition des adjectifs avant et après le substantif lorsqu'il y en a trois voire quatre et plus qui se succèdent. Le nombre de syllabes des adjectifs utilisés a-t-il une influence sur la répartition en question ? Pour mémoire, le &? placé devant une unité indique que celle-ci est facultative. On peut limiter la recherche à des textes du début du XXe siècle. Les exemples de la littérature où l'on voit s'accumuler les adjectifs sont en effet très nombreux et certains auteurs excellent dans le genre :

  • Il restait seulement un pauvre corps osseux, jaune et violâtre, sur la neige gelée… avec des ongles noirs et des mains sales, une bouche sanglante, des yeux opaques, contemplant le ciel. (Adam, L'Enfant d'Austerlitz)
  • À ce moment, trois vieux soudards féroces, sanglants et boueux, mais qui pleuraient dans leurs barbes sales, apportèrent le marquis, tué d'un biscaïen dans la poitrine. (Bernanos, Premiers écrits)
  • Je l'ai quittée salement, en lui jetant à la figure, à sa pauvre figure étonnée, toutes ses lamentables histoires, tous ses petits malheurs intimes, toutes ses confidences par quoi elle m'avait livré son âme, sa petite âme plaintive, bébête et charmante, assoiffée de désirs […] (Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre)

Variante : on peut demander la présence d'adverbes tout au long de la séquence, par la syntaxe :

&?&e(g=Adv) &e(g=A) &e(g=S) &?&e(g=Adv) &e(g=A), &?&e(g=Adv) &e(g=A) &?et

  • elle prend par degré un petit air calme, faussement naturel, et me regarde de ses yeux de chat, menteurs et clairs. (Colette, Claudine à l'école)
  • À midi, par un beau temps calme, presque chaud, très lumineux sur la mer, je quitte le vaisseau amiral, le Redoutable, pour me rendre en mission à Pékin. (Loti, Les Derniers jours de Pékin)
  • Il n'y découvre qu'un amas confus de petites baies roussâtres, assez semblables à des grains de café torréfié, ou à des raisins secs agglomérés contre les vitres. (Maeterlinck, La Vie des abeilles)
  • Kléber !... Kléber !... alors, sur une branche, au-dessus de nous, entre des feuilles vertes et dorées, apparurent un museau rose et deux petits yeux noirs, très vifs, joliment éveillés. (Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre)

6. Type de phrase : "Tu viens, oui ou non ?"

&e(g=V), (oui|non|oui ou non) ?

Ce type de recherche permet de vérifier jusqu'à quel point on peut trouver, dans des textes écrits, des phrases à caractère interrogatif avec demande de confirmation en oui ou non, propres à la langue parlée. Dans cette requête, les signes de ponctuation (virgule et point d'interrogation) ont leur valeur réelle. On obtient 70 occurrences de ce type de phrase dans l'ensemble des textes du XXe siècle, dans des dialogues comme attendu, avec une dizaine de oui ou non et une prédilection pour la demande de confirmation en non ; mais les contextes, les verbes utilisés notamment, mériteraient d'être étudiés de près :

  • Le patron venait de replier son journal en demandant : – Alors, tu roupilles, oui ? (Clavel, Malataverne)
  • Quoi, c'est-y demain qu'on attaque, oui ou non ? (Dorgelès, Les Croix de bois)
  • Tu sais bien que je plaisantais, non ? (Japrisot, La Dame dans l'auto)
  • Ceci s'est-il passé comme je le dis, oui ou non ? (Jouve, La Scène capitale)

7. Passé surcomposé : "Quand j'ai eu fini"

&cavoir (eu|eue|eus|eues) &e(g=Ps)

Le passé surcomposé est-il facilement utilisé à l'écrit ? Et s'il l'est, dans quel contexte et avec quel type de verbe ? On trouve comme prévu des verbes comme finir ou terminer mais pas uniquement, et ce, du début du XIXe à la fin du XXe :

  • Quand ce garçon a eu acheté sa terre, quand il l'a eu payée aux trois quarts, il n'y a plus eu d'objections de ma part. (Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes)
  • Au moment même où la troupe infâme se ruait sur Brisson, le pied sur la gorge du juge, le juge s'est redressé, et il a fallu l'entendre, et, quand il a eu fini de parler, toute la canaillerie politicienne, qui préparait dans l'ombre de nouveaux crimes et de nouveaux mensonges, s'est trouvée mise à néant sous la pleine lumière. (Clémenceau, Vers la réparation)
  • Lorsque j'ai eu serré les freins, j'ai pris la bouteille et j'ai bu un coup et puis, je lui ai dit de descendre. (Vian, J'irai cracher sur vos tombes)
  • Quand j'ai eu passé mon bachot, pour contenter ma famille, j'aurais parfaitement pu devenir un avocat ou un médecin comme les camarades ; (Zola, Au bonheur des dames)

8. Type de phrase : "Il s'est vu remettre un colis"

(je|tu|il|elle|on|nous|vous|ils|elles) &q(0,2) &cêtre vu &e(g=Inf)

Quels sont les verbes qui sont employés dans ce type de construction ? En première analyse, il doit s'agir de verbes à valeur passive, mais la chose reste à vérifier.

  • […] et je me suis vu aller les rejoindre, une fleur rouge à la tempe et un revolver fumant à la main… (Cendrars, Bourlinguer)
  • Ayant réclamé un secours à une oeuvre charitable, il s'était vu remettre un colis et en avait extrait une veste d'officier qu'il enfila aussitôt. (Giraud, Carrefour Buci)
  • Si moi, pauvre esclave, j'avais fait la centième partie de tes crimes, je me serais vu lier sur un chevalet, pendu par les pieds, déchiré de coups, écorché avec des pinces. (Louÿs, Aphrodite)
  • Je me suis vu tourbillonner. J'ai craint, en l'ouvrant trop tôt, de m'entortiller dans mon parachute. (Saint-Exupéry, Pilote de guerre)

Variante. Si on veut avoir un participe passé à la place de l'infinitif, on écrit, en pensant dans ce cas aux diverses formes possibles de vu :

(je|tu|il|elle|on|nous|vous|ils|elles) &q(0,2) &cêtre (vu|vue|vus|vues) &e(g=APs)

On obtient des exemples du type :

  • Car, en un éclair, elle s'est vue reconduite à l'hospice, la porte refermée sur elle, cette fois décidément folle – folle à ses propres yeux –de son aveu même... d'abord elle gémit à petits coups, puis se tut. (Bernanos, Sous le soleil de Satan)
  • il s'était vu forcé d'envoyer son fils à Londres se nourrir de misère et d'espérance. (Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe)
  • Bientôt, je me suis vu entouré, inquiété par des hommes et des femmes en haillons sordides qui tous, me demandaient la même aumône : un verre de gin. (Michelet, Sur les chemins de l'Europe)

9. Type de phrase : "C'est à lui que je parle"

c'est &e(g=Pp) &e(g=Per) &q(0,2) (que|qu')

Les extractions, dites également constructions clivées, se construisent toujours de la même façon, avec c'est en tête de phrase, suivi du sujet ou de n'importe quel complément du verbe, suivi de qui ou de que, suivi du verbe. La formulation ci-dessus permet de rechercher des énoncés comportant un pronom personnel complément introduit par une préposition, suivi éventuellement d'un élément quelconque, suivi de que ou qu' :

  • C'est à moi qu'on s'attaque. (Hugo, Notre-Dame de Paris)
  • Ma chère tante, c'est à vous aujourd'hui que je donne de nos nouvelles, et c'est vous que je charge d'en donner à la famille et à nos amis. (Lamartine, Correspondance générale)
  • C'est pour moi qu'il meurt, n'est-il pas vrai ? (Musset, André Del Sarto)

Et si l'on cherche à voir la pérennité de l'usage du XVIIe siècle, avec conservation de la préposition à la fois dans l'élément extrait et devant la construction du verbe, comme dans :

  • C'est à vous, mon esprit, à qui je veux parler. (Boileau, Satires)

…on écrira : c'est &e(g=Pp) &e(g=Per) &q(0,2) à qui

  • Vous m'avez fait beaucoup de bien, et c'est à vous en partie à qui je dois ma guérison, ma réhabilitation vis-à-vis de moi-même et les actes de forte raison que j'ai accomplis à l'insu de tous depuis six mois. (Sand, Correspondance)
  • c'est à nous à qui cette Grèce est devenue infiniment plus familière (Gracq, Préférences)

10. Type de phrase : "Qu'est-ce que vous faites comme métier ?"

qu'est-ce (que|qu') &e(g=Per) &e(g=V) comme &e(g=S)

Peu d'exemples (21 dans les textes du XXe siècle), dans des emplois soit exclamatifs, soit interrogatifs. L'expression semble assez récente (pas d'exemple avant le XXe siècle) :

  • Et après un temps : – Qu'est-ce qu'il a comme métier ? – Journaliste. (Camus, La Peste)
  • Qu'est-ce que tu portes comme parfum, toi, Adèle ? demanda Charlie toujours vibrant. (F. Delay, Le Aïe Aïe de la corne de brume)
  • Qu'est-ce qu'il a comme coup de fourchette. (Queneau, Pierrot mon ami)
  • Qu'est-ce qu'ils avaient comme pétoche, ici, les culs-terreux. (Sartre, La Mort dans l'âme)

11. "N'est-ce pas"

n'est-ce pas, &?&e(g=D) &e(g=S Np) (?|!|,|.|;)

On choisit des textes des vingt premières années du XXe siècle, et ce qui est visé, ce sont des demandes de confirmation s'adressant à x. On prévoit toutes les ponctuations possibles, même si toutes ne se réalisent pas :

  • N'est-ce pas, mon enfant, que tu me donnes la préférence ? (Bloy, Journal)
  • quel beau temps nous avons aujourd'hui, n'est-ce pas, mademoiselle ? (Larbaud, A.O. Barnabooth)
  • n'est-ce pas, Natacha, que tu n'es pas la complice des assassins de ton père ? n'est-ce pas, Natacha, que ce n'est pas toi qui as versé le poison ? (Leroux, Rouletabille chez le tsar)
  • Ah ! C'est une très bonne idée que vous avez eue de venir, c'est charmant, n'est-ce pas, ma tante ? (Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs)

 

[Article mis à jour par Frédéric Weiss. Les données quantitatives correspondent à l'état de la base en octobre 2015.]

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